Le colimaçon

Sans ami, comme sans famille,
Ici bas vivre en étranger ;

Se retirer dans sa coquille
Au signal du moindre danger ;

S’aimer d’une amitié sans bornes ;

De soi seul emplir sa maison ;

En sortir, suivant la saison,
Pour faire à son prochain les cornes ;

Signaler ses pas destructeurs
Par les traces les plus impures ;

Outrager les plus tendres fleurs
Par ses baisers ou ses morsures ;

Enfin, chez soi, comme en prison,
Vieillir de jour en jour plus triste,
C’est l’histoire de l’égoïste,
Et celle du colimaçon.

Antoine-Vincent Arnault

poète et homme politique français,